par le Pr Jean-Pierre KLEIN
[extrait de l’ouvrage Médecines complémentaires et alternatives, les 20 grandes questions pour comprendre LES ART-THERAPIES aux éditions MICHALON]
On peut définir l’art-thérapie comme l’accompagnement des personnes mises en position de création de sorte que leur parcours, d’œuvre en œuvre, fasse processus de transformation d’elles-mêmes.
Le public et la méthode
L’art-thérapie s’adresse à des personnes qui rencontrent des difficultés physiques, psychologiques ou mentales, en situation de handicap ou face à un problème existentiel, ou en évolution personnelle.
Elle participe aussi à des actions de prévention. La méthode s’étend au champ plus strictement social et permet de traiter des problèmes sociaux récurrents tels que la violence qu’on rencontre dans certaines institutions ou dans certaines zones géographiques.
Elle peut aussi s’intégrer dans un projet sociétal ou pédagogique.
La personne objet de tourments d’origines diverses est sollicitée pour prendre une attitude plus active, non pas en la confrontant avec ce qui la tourmente et la déborde (ce qu’elle ne peut pas toujours résoudre frontalement) mais comme auteur d’une création artistique qui, souvent sans qu’elle l’ait même programmé, va se trouver chargée indirectement de ce qui la préoccupe.
Le travail sur cette expression menée jusqu’à la création va subtilement l’aider à résoudre ce qui l’envahit.
Tous les médias sont possibles: arts plastiques (peinture, collage, modelage, photo, mandala, vidéo); voix et musicothérapie; dramathérapie, marionnettes, clown, gestualité non verbale; atelier d’écriture, conte; danse-thérapie et mouvement, etc.
Les art-thérapies se pratiquent en individuel et en petits groupes.
Les séances sont animées par des art-thérapeutes diplômés ayant une expérience conséquente de l’art et de l’accompagnement relationnel.
L’esprit
L’art-thérapie est une alternative à une psychothérapie qui peut s’avérer impossible. Certains l’appellent « une thérapie quand même ». Que se passe-t-il en effet lorsqu’une personne ne peut pas (raisons instrumentales), ne sait pas (raisons intellectuelles), ne veut pas (trop douloureux), ne doit pas (interdit des secrets de famille, par exemple) parler d’elle ou, du fait d’une pathologie lourde (troubles de la personnalité), qu’elle a du mal à se prendre comme sujet de réflexion?
D’autres sont parfois dans une telle souffrance ou victimes de violences si fortes qu’il n’est pas question de les réveiller en parlant. Comment aborder l’intime, l’indicible, l’irreprésentable, l’inouï et l’inaudible, l’impalpable?
L’art-thérapie propose une expression artistique sans prendre comme sujet ce qui cause le tourment, tellement présent qu’il ne peut qu’imprégner leur production. C’est ainsi une manière de la dépasser.
La création et l’accompagnement des productions vont être des moyens détournés de travailler sur soi.
Le comprendre ne signifie pas forcément en faire une interprétation explicite à la personne.
C’est une symbolisation accompagnée – que la personne s’en aperçoive ou non -, une reconstruction de soi par production interposée, qui met en forme concrète un problème apparemment indépassable.
Cela rappelle le travail des artistes qui transmuent leurs souffrances dans une œuvre qui en émane, ou les enfants qui projettent dans leurs productions leurs problématiques les plus profondes.
La double compétence
La profession d’art-thérapeute lie le relationnel et l’artistique.
La manière d’aborder les problèmes les décale dans l’espace de la rêverie et de l’imagination personnelle suscitée par « l’imagination de la matière ».
Le cheminement se fait en maniant, en jouant, en modelant de la matière, en la transformant et en trouvant des solutions aux difficultés rencontrées dans la création qui renvoient indirectement aux difficultés de la personne.
Il s’agit moins d’un éclaircissement du passé que d’un appui sur le potentiel créateur de la personne afin que l’évolution des productions la remette en mouvement alors qu’elle s’était figée sur ses malaises, son mal-être, ses violences (agies ou subies), ses deuils, ses failles, ses échecs et leur répétition, qu’elle décentre dans une réalisation artistique.
Les praticiens doivent connaître l’art qu’ils proposent, de telle sorte que ce soit dans la matière même de la création que l’accompagnement se déroule.
Ils doivent ajouter à leurs qualités d’empathie une compréhension du psychisme humain, y compris le leur à travers une approche thérapeutique personnelle.
Ils doivent de plus exposer régulièrement leurs suivis en supervisions individuelles ou en petits groupes.
~ article du Pr Jean-Pierre KLEIN, psychiatre et directeur de l’Institut National d’Expression, de Création, d’Art et Thérapie (INECAT) ~